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Ark L2 BTC

 

 

Définition

Le protocole Ark est une solution de seconde couche (un Layer 2) conçue pour améliorer la scalabilité de la chaîne de blocs de Bitcoin en permettant des paiements rapides, peu coûteux et anonymes, tout en préservant la sécurité des fonds par l’utilisateur. Contrairement aux solutions traditionnelles qui créent des canaux de paiement individuels (ex: Lightning Network) pour assurer chaque transactions, Ark repose sur un modèle de partage d’UTXO (Unspent Transaction Output). Ainsi, le protocole permet à plusieurs utilisateurs de se "partager" une seule sortie de transaction sur la chaîne de blocs principale, réduisant ainsi drastiquement l'empreinte de données versé sur le réseau Bitcoin.

Le fonctionnement d'Ark repose donc sur la création d’un nouveau type d’UTXO, les vUTXOs (Virtual UTXOs), des unités de valeur qui existent "hors-chaîne" mais qui tirent leur validité cryptographique de transactions réelles enregistrées périodiquement sur Bitcoin. L'utilisateur interagit alors avec le protocole par l’intermédiaire d’un agent hexogène, un fournisseur de service, appelé ASP (Ark Service Provider). Bien que l'ASP facilite la tenues de transactions, il ne garde jamais la possession des clés privées des utilisateurs. Ces derniers conservent ainsi le pouvoir se retirer unilatéralement du protocole pour récupérer leurs fonds sur la chaîne de blocs en cas de défaillance du service proposé par le protocole Ark.

Schéma du fonctionnement d’un round Ark

[Image d'un arbre de vUTXOs relié à une racine de transaction Bitcoin]

Source : Ark-protocol.org / Ark Labs

Les vUTXOs et le rôle des ASP (Ark Service Providers)

Le protocole Ark introduit ainsi le concept de vUTXO. Pour bien comprendre le fonctionnement de cette nouvelle composante, prenons un exemple. Si l'on compare une transaction Bitcoin classique à un billet de banque physique, un vUTXO serait un titre de propriété numérique circulant dans un circuit fermé mais convertible à tout moment en véritable monnaie. Ces vUTXOs sont alors générés lors de "rounds" (appelés aussi cycles) coordonnés par l'ASP. À chaque round, l'ASP regroupe les demandes des utilisateurs et publie une seule transaction sur Bitcoin qui "ancre" des centaines ou des milliers de transactions virtuelles.

Le rôle de l'ASP jouit ainsi d’une triple utilité.  Il agit à la fois comme un fournisseur de liquidité, un coordinateur de confidentialité (via un mécanisme similaire au CoinJoin) et un pont vers d'autres réseaux. L'innovation majeure d'Ark réside dans sa capacité à permettre la réception de fonds sans que l'utilisateur n'ait besoin de configurer quoi que ce soit au préalable. Contrairement à d'autres systèmes, Ark utilise un mécanisme d’élévation ou de "clissage" (lifting) qui permet de transformer des bitcoins on-chain (sur Bitcoin) en vUTXOs (sur Ark) de manière fluide, rendant l'expérience utilisateur proche de celle d'une application bancaire classique tout en restant relativement décentralisée (même si l’ajout d’intermédiaires est toujours inversement proportionnelle à la décentralisation d’un protocole).

Ark VS Lightning Network

Bien qu'Ark soit souvent présenté comme un concurrent du Lightning Network, ses concepteurs le voient plutôt comme un outil complémentaire. Le Lightning Network excelle lorsqu’il faut effectuer rapidement des paiements de gré à gré, mais il souffre de contraintes de "liquidité entrante", puisque pour recevoir de l'argent, un utilisateur doit souvent disposer d'un canal déjà ouvert et alimenté ou bien en créer un. Ark permet de lever cette barrière en permettant à un nouvel utilisateur de recevoir des fonds immédiatement, sans avoir besoin de verrouiller des capitaux au préalable.

De plus, Ark à l’avantage de simplifier la gestion des transactions. Là où Lightning demande aux utilisateurs de gérer la connectivité de leurs canaux entre-eux, Ark délègue la complexité technique à l'ASP (provider de services). Analogiquement, on peut considérer Lightning comme un réseau qui permet de bénéficier de transports “privés”, un peu comme si on utilisé une voiture en covoiturage, tandis qu’Ark s’apparente davantage à un système de transport collectif (comme un métro) où de nombreux passagers partagent la même infrastructure pour réduire les coûts de transport (ici les coûts présent sur le L1, Bitcoin.

Controverses et limites du protocole

Malgré ses promesses, le protocole Ark soulève plusieurs débats techniques et philosophiques. L'une des controverses majeures concerne les contraintes de "liveness" (disponibilité). Pour garantir la sécurité de leurs fonds, les utilisateurs d'Ark doivent théoriquement se connecter régulièrement au réseau (environ une fois par mois) pour "rafraîchir" leurs vUTXOs avant qu'ils n'expirent. Cette contrainte, bien que gérable par des portefeuilles intelligents, est perçue par certains puristes comme une régression par rapport à la passivité du stockage à froid (cold storage) de Bitcoin.

Un autre point de friction réside dans la dépendance aux ASP. En effet, bien que l'ASP ne puisse pas voler les fonds, sa position centrale lui donne une visibilité sur les métadonnées des transactions. Pour contrer cela, Ark intègre des signatures à l’aveugle (blind signatures), mais l'efficacité de cette confidentialité reste soumise à la diversité et au nombre d'utilisateurs au sein d'un même round. Enfin, l'implémentation complète et optimale d'Ark, au sein de l’écosystème Bitcoin, pourrait nécessiter des mises à jour majeure du protocole Bitcoin (appelées des "Covenants" comme BIP-118 ou BIP-119). Sans ces évolutions, Ark doit utiliser des mécanismes plus complexes et légèrement plus coûteux en frais de réseau, ce qui ralentit son adoption massive.

Conclusion

En définitive, le protocole Ark représente une avancée majeure dans la quête de scalabilité de Bitcoin. Il propose un compromis entre la souveraineté totale du réseau principal et la rapidité des solutions centralisées. En introduisant le concept de propriété partagée des UTXOs, il ouvre la voie à une adoption par le grand public qui n'a pas nécessairement les compétences techniques pour gérer les canaux d’échange du réseau Lightning.

Cependant, Ark n'est pas une solution miracle. Son succès dépendra dans un premier temps de la capacité des développeurs à proposer une expérience utilisateur (UX) du L2, plus simplifiée, capable de masquer la complexité technique du protocole (notamment le rafraîchissement automatique des vUTXOs), et, dans un second temps, de l'évolution du consensus social autour de Bitcoin concernant l'ajout de nouvelles fonctionnalités techniques, qui nécessite des mises à jour du protocole. Ark incarne ainsi cette nouvelle génération de protocoles "off-chain" qui cherchent, à réconcilier Bitcoin avec la vision originelle que Satoshi Nakamoto avait du protocole. En agissant comme un pont entre la réserve de valeur et l'usage quotidien, il tend vers la réalisation d'un véritable « système de monnaie électronique de pair à pair » (A Peer-to-Peer Electronic Cash System), capable de transformer Bitcoin en un outil de paiement mondial.